(un tour du monde suivi de balades en France et en Europe...)
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J37
Notre voyage se poursuit dans la région frontalière pour un dernier jour avant de bifurquer vers la région centrale puis l'ouest de la Finlande que nous ne connaissons pas encore..
C'est donc dans la région du Kainuu que nous allons nous confronter à un fondement de l'identité de la nation finlandaise (toute jeune, on le rappelle puisque ne datant que de 1917) : la guerre d'hiver avec la Russie pendant 105 jours de l'hiver 1939.
J'en ai déjà dit un mot l'an dernier, mais la nouveauté, cette année c'est que nous sommes allés sur un site des combats dont le souvenir reste encore très fort, d'une part par la tragédie du nombre de victimes et l'inimitié durable envers la Russie depuis, et d'autre part par la fierté fondatrice d'avoir résisté à l'invasion russe alors que militairement c'était David contre Goliath et que ça semblait perdu d'avance pour la Finlande..
Vous commencez à voir les résonances que cela déclenche, je pense...
Auparavant la route est comme toujours marquée par les haltes au bord de lacs scintillants, où l'on ménage parfois un tour d'observation animalière... (malheureusement, les oiseaux migrateurs ne sont pas encore là..)
Reste le sentier autour du lac...
Halte à midi dans la petite ville de Suomussalmi, grâce au GDR qui après toutes ces années a encore des adresses qui n'appartiennent qu'à lui, comme ce cosy petit resto à l'entrée d'un supermarché, fréquenté par la clientèle locale, où l'on goûte aux plaisirs du lounas, le copieux (et délicieux) buffet de midi pour...13 euros !
Et aujourd'hui... la fête : il y avait du poisson cru !
Non loin de là à 20 kms, on perpétue le souvenir de la terrible guerre d'hiver au musée de la porte de Raate.
On y raconte avec force souvenirs militaires d'époque, l'invasion par Staline en Novembre 1939 et l'incroyable résistance (notamment ici dans la région de Raate et Suomussalmi) de ce petit pays qui paraissait condamné d'avance et qui a su faire reculer l'ogre russe jusqu'à sauver son indépendance en ne cédant qu'une partie des territoires conquis.
L'émotion est vive en songeant, bien sûr, à l'histoire qui se répète tragiquement en Ukraine dans la même situation et qui résiste tant bien que mal, héroiquement, depuis 3 ans.
Le musée ne s'y trompe pas et une des salles est consacrée au conflit ukrainien...
Juste à côté, un monument érigé au milieu d' un champ immense de 17000 rochers représentant le nombre estimé de victimes de la guerre d'hiver, finlandaises et russes.
On voulait en honorant la mémoire des morts des deux camps symboliser l'absurdité et la désolation d'une guerre appartenant au passé... avant que l'histoire... ne se répète ailleurs...
La route de Raate, sur 18 kms jusqu'à la frontière, fut le théâtre d'une des plus incroyables défaite russe de cette guerre et existe toujours, devenue une "route musée".
Toute une division blindée fut bloquée en détruisant la route aux deux extrémités, immobilisant les chars sur une petite route au milieu d'une forêt impénétrable en plein hiver et les finlandais , à un contre 10, simples fantassins à ski avec leur fusil à l'épaule ont décimés toute une division blindée "coincée " sur la route..
Détail troublant : les soldats de cette division blindée étaient.. ukrainiens !
L'URSS envoyait au combat les soldats enrôlés de gré ou de force dans ses provinces "satellites" dont l'Ukraine ! Du coup, les soldats, peu motivés pour venir faire la guerre pour la Russie qui déportait et affamait leurs semblables avaient montrés dès le long trajet pour venir sur le théâtre des opérations, un enthousiasme modéré avec des dizaines de désertion...
Et, pour finir, après la défaite, que croyez-vous qu'il advint des ukrainiens fait prisonniers par centaines par la Finlande : après la fin de la guerre, l'état finlandais les renvoya en URSS où ils furent tous assassinés par Staline (oui... tous...) , car il ne devait rester aucun témoin de l'humiliation de la grande nation socialiste !
Et, jusqu'à la Pérestroiska, à la fin de années 1980, le sujet était soigneusement tabou et aucun écolier de l'URSS ( qui ne devait grandir que dans l'histoire héroique du communisme vainqueur du nazisme ) n'avait jamais entendu parler de la guerre d'hiver.
Rappel douloureux de la répétition sans fin et désolante des tragédies de l'histoire, en Finande où le souvenir de l'agression russe est encore très vif, et où une question est (forcément) sur toutes les lèvres :
A qui le tour quand Poutine en aura fini avec l'Ukraine ?
Question que le reste de l'Europe, oublieuse, a tardé à vouloir regarder en face tandis qu'ici, en Finlande... on se souvient...