(un tour du monde suivi de balades en France et en Europe...)
Une visite incontournable à Nouméa pour les visiteurs pleins de questions sur l'histoire de la Nouvelle Calédonie et la culture kanak ... et, cerise sur le gâteau, qui est possible pendant un week end d'astreinte d'endoscopie à l'hopital !
Le centre culturel Jean Marie Tjibaou est une expérience multiple, à la fois une hardiesse architecturale, un lieu de mémoire émouvant, une plongée instructive dans la culture kanak, une promenade dans une nature dépaysante et un moment contemplatif calme et silencieux en pleine ville, car (ce dimanche là au moins...) il n' y a pas foule !
Plutôt que les bâtiments à l'architecture inspirée des cases de chefferie kanak, superbes mais un peu surdimensionnés par rapport au contenu.... je retiens surtout la visite extérieure sur le "sentier kanak" expérience très réussie montrant bien le lien très intime entre la culture kanak et la nature..
Alors, en route, au milieu des sculptures et de la verdure !
On a bien sur la compagnie de visiteurs ailés, ce qui ne gâte rien : reconnaissez vous le Fantail qui m'avait donné du fil à retordre en Nouvelle Zélande et qui, appelé ici "lève queue" se montre plus complaisant pour la photo ?
Allez, je vous emmène suivre la légende de Téa Kanaké, le mythe des origines kanak et de son lien profond avec la nature
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On apprend donc que la lune est aux origines du monde... et en la contemplant un soir de pleine lune, on comprend que sa place dans l'imaginaire soit aussi grande...
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L'igname a une importance cruciale dans la culture kanak : bien plus qu'une source d'alimentation, il est le symbole de la fidélité aux origines et d'attachement à la terre.
Constituant avec le taro les deux pôles du monde, masculin et féminin, l'igname est le symbole masculin
Tandis que le le taro, cultivé en milieu humide est, lui, le symbole féminin ...
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Un exemple de haute case ronde de chefferie kanak se visite plus loin dans le centre..
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Et les pins colonnaires évoqué dans la légende sont là dans le décor avoisinant...
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J'apprend que le banian ne fascine donc pas que nous.... mais que depuis toujours, il est le symbole par ses racines d'un lien avec le monde souterrain, et donc un moyen d'y accéder..
Et vu sous cet angle, en voyant ses racines aériennes plonger dans le sol, la symbolique est effectivement frappante...
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Nous n'avions pas vu les choses sous cet angle lors de notre rencontre avec le tricot rayé au phare Amédée !
Mais on pressentait bien, au vu de la réaction des gens et de leur discours à son sujet, qu'il avait une place à part dans l'imaginaire de l'île...
La visite comprend aussi une expo sur l'ambitieux projet de refonte complète du musée de Nouméa , familièrement appelé le MUZ (réouverture après 4 ans de travaux prévue en 2024 !),
Au delà de l'expérience culturelle kanak du centre Tjibaou, le musée se veut une ambitieuse tentative de renouer les liens entre les communautés en racontant leurs histoires jusqu'ici parallèles, en assumant le caractère douloureux du passé colonial et des conflits entre communautés pour devenir le lieu d'expression d'un avenir partagé ...
On le voit, le monde de la culture cherche à jeter les bases d'un avenir commun en affrontant les vérités d'une histoire difficile.... démarche certes salutaire, mais la réalité sociale et politique du territoire rend néanmoins cet avenir bien incertain et, même en un seul petit mois passé ici, on sent bien qu'il y a un problème et qu'il est compliqué..
D'un côté, quand on croise dans Nouméa des kanak qui tournent la tête quand on dit bonjour
D'un autre côté, quand on entend un caldoche dire : les mélanésiens ? Il y a 200 ans , ils étaient cannibales, alors...
Ambiance...
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L'histoire... elle est bien (on s'en doute) douloureuse.
Ce petit livre acheté à l'arrivée en dresse avec simplicité un tableau édifiant depuis que la France a pris possession du territoire en 1853..
Si longtemps appelé "les indigènes" avant que cela ne cesse pour reconnaitre les kanak comme citoyen français .. seulement en 1946, avec le vent de progres qui a soufflé à la fin de la guerre (sécurité sociale, droit de vote des femmes, etc..)
Quand à donner le droit de vote à tous les kanak il a fallu attendre 1957...
Et c'est vrai que pour comprendre le ressentiment qui ne passe pas dans la population kanak, on peut imaginer que quelqu'un de mon âge ait connu un père né avant la guerre alors qu'il n'était.. qu'un indigène, un moins que rien aux yeux de l'administration française, et que cela marque des choix politiques au fer rouge encore actuellement ...
Et puis, au delà d'une histoire difficile, il y a le matérialisme dialectique... et sa logique impitoyable...
D'un côté, les bidonvilles autour de Nouméa que je peux voir en allant au boulot tout près de l'hopital, bidonvilles qu'on appelle ici des "squats" où vivent des tribus de gens venus échouer aux portes de la ville
Et de l'autre côté, toute une communauté métro et caldoche vivant à Nouméa une confortable vie occidentale au milieu de loyers invraisemblables et de prix de consommation spectaculaires...
Deux mondes.. si éloignés... non seulement par l'histoire (ce qui pourrait être un passé auquel on fait face pour avancer), mais par les inégalités qui sont bien là, au présent.
Alors, avant d'arriver ici, on était encore dans les images positives des accord de Matignon de 1988 mettant fin à une décennie d'affrontements qu'on appelait ici "les évènements" mais qui avait en fait des allures de guerre civile..
Sous l'égide de Michel Rocard, une poignée de main restée célèbre entre Jean Marie Tjibaou et Jacques Lafleur a mis fin à l'époque aux évènements et semblait augurer d'un avenir apaisé... en se donnant 10 ans pour construire une proposition d'avenir commun.
Jusqu'à ce que Jean Marie Tjibaou soit assassiné un an plus tard par un kanak considérant qu'il avait trahi la cause...
Malgré cela, 10 ans plus tard, les accords de Nouméa de 1998 faisaient un grand pas vers l'avenir avec un énorme transfert de compétences politiques vers le territoire et avec les bases d'une organisation politique locale en créant un congrès calédonien et 3 provinces et en se donnant 20 ans et 3 référendums successifs pour se déterminer sur l'avenir vers l'indépendance ou non...
Seulement voilà...
Cette période pour se déterminer, prévue par les accords de Nouméa, a pris fin et la situation est complètement bloquée..
Après les deux premiers référendums contre l'indépendance, le troisième et dernier prévu en 2021 a été boycotté par les indépendantistes qui ne le reconnaissent pas, et se traduit par un statu quo..
L'état français essaye de faire redémarrer un processus de discussion tripartite vers un projet d'avenir avec peut-être une nouvelle consultation sur l'indépendance dans un délai à définir de 10 à 20 ans, mais il s'avère pour l'instant impossible d'amener les deux camps à la même table..
La crispation porte sur des élections provinciales (là ou se situent les pouvoirs politiques et financiers transférés depuis 1998) qui sont prévues l'année prochaine et bloquent sur le très épineux problème du corps électoral.
Les accords de Nouméa ont en effet défini 3 corps électoraux différents et c'est au coeur du problème :
- un pour les élections "métropolitaines" (présidentielle, législatives, européennes, etc..)
- un pour les élections provinciales
- et un pour les 3 référendums
Les conditions d'accès au vote des deux derniers sont extrêmement restrictives (vivre ici depuis plus de 20 ans en 2014, être né ici avant 1998.. etc...) ce qui supprime environ 40000 électeurs par rapport à la première liste et tout cela était gelé pour toute la durée des accords de Nouméa.
Problème ... la période prévue par les accords a pris fin... Il faut organiser ces élections dans moins d'un an et statuer sur le corps électoral "gelé" depuis 25 ans... ce qui cristallise le blocage
Les indépendantistes mené par leur leader actuel Roch Wamytan, président du congrès de Nouvelle Calédonie, refusent pour l'instant d'en discuter puisque les électeurs actuellement "écartés" sont en très grande majorité dans l'autre camp.. et que la modification serait à leur désavantage.
Les loyalistes dont la nouvelle figure est Sonia Backès, à la fois présidente de la province Sud et secrétaire d'état à la citoyenneté...disent qu'on ne peut pas continuer à geler le corps électoral depuis 25 ans et que tous ces électeurs qui sont privés de vote sont une insulte à la démocratie
Au moment où j'écris cet article, le ministre de l'intérieur est en Nouvelle Calédonie pour tenter d'amener les gens à bouger de leurs positions bloquées, Emmanuel Macron doit venir dans 2 ou 3 mois et une échéance semble fixée à la fin de l'été où l'état français "prendrait ses responsabilités" sur la composition du corps électoral....
Ce qui déclenchera à coup sûr des émeutes si il s'agit d'un accord imposé...
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Comme le symbolise l'architecture du centre Tjibaou avec ces cases "inachevées", l'avenir de la Nouvelle Calédonie est donc en chantier... mais pour l'instant les parties en présence ne veulent plus se réunir pour continuer à le construire... Chacun se renfermant sur sa logique..
Le modèle démocratique occidental de décision à la majorité et le vent de l'histoire de la décolonisation bloquent sur le modèle calédonien par cette notion capitale qu'il y a ici 110 000 kanak sur 270 000 habitants...
Autant dans les autre zones pacifiques, la décolonisation s'est imposée à la demande d'une population majoritaire, autant ici on bloque sur cette évidence que les indépendantistes ne sont pas majoritaires...
La solution, originale, est à inventer... en espérant que des hommes politiques actuels auront la hauteur de vue nécessaire pour écrire leur histoire, comme ceux de la fin du 20° siècle l'avaient fait.. mais on se rappelle que Jean Marie Tjibaou l'a payé de sa vie, quand même...
Enfin, arrivé à la fin de cet article pessimiste, on peut rappeler que personne ne croyait à un règlement pacifique de la fin de l'Apartheid.. et pourtant... à la stupeur générale.. c'est arrivé...
Alors pourquoi pas ?
D'ailleurs , scoop en fin d'article, suite à la visite de G Darmanin (dont on n'est pourtant pas super fans..) pour tenter de renouer le dialogue, une petite avancée serait survenue , (preuve que parfois il sait peut-être écouter ?) et le sujet du corps électoral serait devenu un sujet dont les indépendantistes on accepté de débattre lors de prochaines négociations... A suivre...
Allez, tata ...